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Ensemble Ouranos et Guillaume Vincent

L'humour avec Strauss, Françaix, Poulenc

Ensemble Ouranos et Guillaume Vincent
 
Richard Strauss, Till Eulenspiegel, Transcription, Jean Françaix, L’heure du berger, Quintette à vent 1, Francis Poulenc, Sextuor pour quintette à vent et piano. Ensemble Ouranos, Guillaume Vincent, piano. CD NoMadMusic

L’humour à tous vents, tel pourrait être le sous titre de cet album, superbe de vigueur et d’alacrité. Nous avions utilisé le même dernier terme dans la chronique que nous consacrions au premier enregistrement, sous le même label, du Quintette à vent Ouranos ouvert à des œuvres de Ligeti, Nielsen, Dvorak. A coup sûr cet ensemble - que rejoint le piano complice de Guillaume Vincent - aime jouer dans tous les sens du terme, et met dans le choix des pages qu’il interprète, au delà de la rigueur qu’impose la musique de chambre, une fantaisie qu’il se plaît à partager. Et une seconde fois, le charme opère et le plaisir éclot, sourire malicieux, joyeuse connivence. Le CD s’ouvre sur une transcription signée David Carp des Plaisantes facéties de Till l’Espiègle, poème symphonique de Richard Strauss. La transposition est si finement aboutie, l’interprétation si bondissante, les couleurs et les rythmes d’une telle gaieté, les sonorités d’une telle plénitude que l’auditeur ne perd rien des prouesses drolatiques du héros, de ses enjambées de géants, de ses déguisements, de ses jeux de séduction, de sa mort comme une dernière pirouette. Voilà une épopée burlesque vivement enlevée. De Jean Françaix, nous rendions compte récemment du Tema con 8 variazioni per violino solo par Aylen Pritchin, évoquant une musique qu’on apparentait à celle d’une comédie italienne. Les trois vignettes de l’Heure du Berger avec sa galerie de «vieux-beaux», de «Pin-up girls» et de «petits nerveux» participent de la même veine cocasse, brossées ici avec brio et raffinement. La musique donne à entendre, mais aussi à voir, les attitudes, les mouvements, l’agitation des personnages «croqués» et on se prend continûment à sourire. La notice a bien raison de souligner la saveur de l’indication apposée sur la partition du premier mouvement: «élégant et distingué, un peu macabre»: il dit beaucoup sur l’humour subtil et caustique du compositeur français auquel nos interprètes rendent justice aussi dans le Quintette à vent 1. L’œuvre démontre la connaissance approfondie que Françaix avait des possibilités multiples des vents associés et de leur pouvoir de suggestion. Les cinq compères font preuve d’une virtuosité qui sert la verve du propos en renouvelant l’attention et en distillant un charme mutin. Dans le premier mouvement du Sextuor pour quintette à vent et piano de Poulenc, l’auditeur aime le contraste marqué entre le feu initial, fusant, pétillant, frétillant et l’indolence vaguement mélancolique du passage central, avant la reprise ardente. Chaque instrument trouve ici et là l’espace pour épancher sa poésie et colorer la page de ses sonorités singulières, cocasses ou tendres. L’Ensemble Ouranos et un piano loquace animent in fine le Divertissement et le Finale du souffle mêlé de leur commun enjouement.
Cet enregistrement de haute qualité, revigorant, brille autant par le choix inventif des pages réunies que par l’élégance d’une interprétation virtuose à l’allègre fantaisie .

Jean Jordy