L’attente, l’amour, l’oubli

Mickaël Gaborieau
Mickaël Gaborieau au grand orgue de la basilique de Sainte-Anne d’Auray; Frantz Liszt: «Orpheus, poème symphonique», «Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen» et «Consolation no 4», César Franck: «Fantaisie en La majeur», «Cantabile» et «Pièce héroïque», Frédéric Chopin: «Prélude en Mi Mineur»; CD Académie de Musique et Arts sacrés, 66’22’’

Mickaël Gaborieau présente un choix d’œuvres romantiques qui ont une thématique commune vue sous différentes facettes. L’amour qui vainc tout et l’emporte même sur la mort, celui d’Orphée pour Eurydice. Mais c’est aussi l’amour brisé par la mort que Liszt exprime dans les Variations sur la cantate de Bach «Weinen, Klagen,… », alors qu’il pleure la mort de sa fille Blandine, tandis que Franck et Chopin évoquent plutôt la douleur de l’amour repoussé ou simplement sans espoir. La dominante est bien douloureuse, parce qu’après tout même dans le mythe d’Orphée, l’amour a vaincu, puis est vaincu à son tour. Orphée ne peut ramener Eurydice.
L’interprétation proposée est étincelante et le superbe orgue, un Cavaillé-Coll, de Sainte-Anne d’Auray est au service d’une prestation de grande qualité. Le musicien joint la plus grande sensibilité à une technique sans faille que requièrent les pièces de Liszt, difficiles, mais dont la virtuosité externe doit se combiner avec une intériorisation complexe qu’il maîtrise à merveille.
Il est parfaitement à l’aise dans la mélancolie nostalgique qui sert de trame aux œuvres de Franck et Chopin, moins tragiques car si les sentiments n’aboutissent pas, on n’en meurt pas… La «Consolation en mi bémol majeur» de Liszt, qui conclut le CD, est une forme de fin apaisante. Rien n’est résolu, mais on pourra oublier et passer à autre chose. Que les Toulousains ne le manquent pas lorsqu’il tient l’orgue de Saint-Sernin!

Danielle Anex-Cabanis


CD disponible par le réseau art et musique www.artetmusique.org
Publié le 16/04/2015 à 07:42, mis à jour le 26/01/2019 à 19:35.